Nicolas Baniere 2
Vol de Nuit pour Buenos Aires

Vol de Nuit pour Buenos Aires


Ah, la magie des vols de nuit ! Un verre de Côte-Rôtie Les Essartailles 2006 pour le départ de cette traversée de l´Atlantique : cap vers les terres australes de l´Argentine, son immense Patagonie et ses terroirs « mendozinos ».

 
Check-in pour le vol AF 418 : destination Buenos Aires. À l´embarquement, près de moi, un élégant Monsieur enregistre son Golden Retriever… et ses nombreuses valises ! Sa mine réjouie me laisse à penser que le voyage ne durera pas seulement quinze jours… Nous essaierons d’en savoir plus à bord.Quelques achats au duty free plus tard (c’est bien un truc d'hommes les achats un peu compulsifs d’avant le départ), il est 22h15 et il me reste encore une heure à tuer avant le décollage. Comme vous le feriez j’en suis sûr, je me plonge dans la lecture de journaux aux nouvelles encore fraîches. Le lounge se vide doucement, les passagers disparaissent au rythme des appels : Vol AF 454 pour Sao Paolo, Vol AF 442 pour Rio de Janeiro, Vol AF 406 pour Santiago du Chili, Vol AF 188 pour Hong Kong. Tout est calme. Et puis : Vol AF 418 pour Buenos Aires : dernier appel !
 
Le « Monsieur élégant de l´embarquement » est juste derrière moi, il a déjà une coupe de Pommery Grand Cru Millésimé 1999 à la main. C'est avec plaisir que j’en accepte une également. J’adore cet assemblage de pinot noir et chardonnay avec ses arômes de brioche, de céréales et de fruits secs, comme le dit si joliment la brochure.
Décollage. On sent le 777-200 lourd. Le voyage est long, le commandant de bord annonce 13 heures 40 de durée de vol. Les vents sont contraires mais pas de problème, et nous sommes tellement bien installés…
 
Rapidement, on nous sert le dîner. Mon voisin, lui, ronfle déjà. Pour la conversation, il va falloir que je patiente. L’hôtesse me présente la carte des vins sélectionnés par Olivier Poussier -Meilleur sommelier du monde 2000, Chef sommelier de Lenôtre. Je décide d’essayer un corbières blanc Villemajou 2007 Gérard Bertrand, parfait avec le foie gras accompagné de confiture d´oignons et de raisins. Je choisis ensuite un filet de volaille farci aux fruits secs, avec jus au parfum d´orange accompagné de courgettes et de gratin dauphinois. Nous sommes déjà à 33 000 pieds (11 000 mètres d´altitude). J´hésite entre un Moulin à Vent 2005 Georges Duboeuf et un Haut-Médoc Château Villambis 2005 Cru Bourgeois. Mais ma présence à bord ne vise pas seulement à retrouver ce pays qui est un peu le mien -et qui sera, vous le saurez plus tard, le nouveau terrain de NumberWine- mais aussi à pratiquer un exercice délicat, goûter ces vins que vous dégusterez peut-être bientôt. L’hôtesse me propose donc exceptionnellement la carte des vins servis en Première classe : Pouilly-Fuissé Vers Cras 2005 Joseph Burrier, Côte-Rôtie Les Essartailles 2006, Margaux Château Brane Cantenac 2004 deuxième Grand Cru Classé… : « Choisissez» me dit-elle gentiment. Ok pour le Pouilly-Fuissé Vers Cras 2005. Les sensations sont accentuées par l’altitude, c’est probable, mais le plaisir est immense. Alors que peu à peu mes voisins allongent leur fauteuil-lit et se préparent pour une longue nuit de sommeil, j’accepte bien volontiers une glace à la mangue et une sélection de digestifs. Peut-être trop, mais je ne résiste pas à un fond de Calvados Pays d´Auge Lecompte 12 ans d´âge.
 
Prêt pour 7 à 8 heures de sommeil. Allongé sur mon fauteuil devenu lit, je m´endors, et là, je vous abandonne… pour me réveiller huit heures plus tard. Reposé : une vraie nuit ! J’aime bien ma compagnie nationale ! Je n’apprendrai pas grand-chose de mon voisin qui dort toujours… Il faut dire que ces fauteuils-lits de deux mètres de long et de 60 cm de large, même pour moi qui suis très grand, favorisent le sommeil, parfois si difficile à obtenir en vol.Je regarde par le hublot, il fait encore nuit, mon écran video interactif m’indique que nous sommes à la verticale de Porto Alegre, grande ville côtière située au sud du Brésil. Plus que deux heures avant l’arrivée. Je retrouve le « Monsieur élégant » à l´espace bar. Mes interrogations de l’embarquement se confirment : il part pour huit mois à Mendoza, région vinicole de l’Argentine, où il possède une nouvelle bodega : Atamisque. La conversation s’engage alors naturellement autour du vin, des vins, et nous avons soudain de nombreux sujets en commun. Il part s´installer là-bas jusqu´au mois d´avril, date de la fin des vendanges. Je perçois son impatience d´arriver dans son havre de paix, au milieu de ses vignes, au pied des Andes encore enneigées à cette époque de l´année… Sans aucun doute, nous irons lui rendre visite et vous ferons partager, c’est promis, notre voyage. Encore quelques couleurs gastronomiques françaises avec le petit déjeuner irréprochable : thé, croissants chauds, omelette.Nous survolons enfin l´Uruguay puis le Rio de la Plata, berceau de Maradona, du tango et du polo, et notre 777-200 se pose délicatement sur la piste de Ezeiza-Ministro Pistarini, destination finale de ce long courrier.« Nous venons d´atterrir à Buenos Aires, il est 8h15 en heure locale, la température extérieure est de 13ºC et il fait beau.» Air France espère nous revoir prochainement sur ses vols... Pour ce qui me concerne, c’est certain.
 
Voilà, dans trois jours c´est le jour du Printemps en Argentine, Dia de la Primavera. Les arbres commencent à peine à fleurir et l’air doux de Buenos Aires nous fait déjà des clins d’oeil…
 
Jean Sanchez
Sun