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Toute l’Italie dans une bouteille
Le Vernaccia di San Gimignano de la famille Guicciardini Strozzi est non seulement un grand vin, mais aussi le fruit d’une histoire qui remonte à Dante, Machiavel et Leonardo da Vinci pour revenir par Cinecitta, l’île de Pantelleria où se trouve le domaine de Carole Bouquet et Rudolf Noureïev.
Entre l’Italie et le vin, il y a plus qu’une connivence, une véritable homologie dont l’origine remonte à l’Antiquité, lorsque les Grecs découvrant cette contrée hospitalière la baptisèrent « Oenotria », le pays du vin. Depuis lors, ces liens fusionnels ne se sont jamais démêlés et la tumultueuse histoire italienne présente souvent son pendant viticole.
Ainsi, si l’on peut considérer l’Italie comme un agrégat de régions et de cités indépendantes, cette hétérogénéité se retrouve dans l’encépagement italien, sans doute le plus riche et le plus fourni au monde. Le charme de l’Italie consiste à recéler des cultures et des cépages méconnus. Il ne s’agit pas de faire l’impasse sur Rome, Milan ou Florence, ni sur le San Giovese, le Moscato ou le Barolo. Mais pourquoi ne pas s’autoriser des détours, des découvertes, par exemple avec ce cépage dont l’origine et l’histoire sont intimement liées à la culture italienne, le Vernaccia di San Gimigniano ? Ce raisin blanc donne un vin blanc fort renommé au Moyen Âge, comme le prouve le poète Dante Alighieri (1225-1321) dans La Divine Comédie, au sujet du Pape Martin IV : « … Il tenait dans sa main toute la Sainte Église et se purifiait en mangeant à jeun des sardines du lac de Bolsena en les accompagnant de Vernaccia ». C’est au cœur de la Toscane, autour de la cité médiévale de San Gimignano, que ce dernier a trouvé son terroir de prédilection. C’est ce que raconte, quatre siècles plus tard en 1643 un autre artiste italien, le peintre, sculpteur et architecte Michel-Ange. « Et nous visitâmes cette merveilleuse ville – San Gimignano avec ses grandes tours et le clocher haut de cent coudes, mais ces habitants guerroient constamment pour défendre leur Vernaccia qu’ils offrent à tous les visiteurs. » Cette prépondérance du terroir de San Gimignano est confirmée par un célèbre membre de la famille Médicis, Laurent le Magnifique, qui en offrit plusieurs tonneaux au Pape.
L’anecdote de l’attrait pour le Vernaccia de la part d’un Médicis prend d’autant plus de saveur que la renaissance, la survie même de ce cépage, a été le fait d’un membre d’une autre famille florentine qui fut sa pire ennemie, les Strozzi. La rivalité entre les Strozzi et les Médicis était digne de celle qui sévissait à Vérone entre les Capulet (Capuleti) et les Montaigu (Montecchi) et constitue la trame de Roméo et Juliette de Shakespeare. Elle inspira pareillement Alfred de Musset pour sa pièce Lorenzaccio. Cosme de Médicis, dit l’ancien, fut ainsi exilé de Florence par Palla Strozzi avant de revenir en force pour imposer un sort identique à son ennemi. Son arrière petite-fille Clarice de Médicis épousa néanmoins Philippe Strozzi, considéré comme l’instigateur du meurtre d’Alessandro Médicis, et qui mourut en prison sans doute « suicidé » par Cosme Médicis 1er. Cette lutte incessante entre les deux familles, voire au sein même des familles, rebondit un temps en France avec Pierre Strozzi, farouche opposant aux Florentins, fait Maréchal de France par Henri II pourtant époux de Catherine de Médicis !
Le summum de la hiérarchie italienne
À la décharge du descendant Strozzi qui fut le premier, en 1933, à commercialiser du Vernaccia en bouteille, sa famille s’était, depuis le XIXe siècle, unie maritalement aux Guiccardini, une troisième famille florentine restée alliée des Médicis. Son membre le plus connu est François Guicciardini (1483-1540), homme politique, historien, philosophe et grand ami de Machiavel. Cette tumultueuse histoire trouve ainsi un dénouement pacifique et, pour notre plus grand plaisir, épicurien ! La mise en lumière d’un cépage cultivé par les Guicciardini dans leur propriété de Cusona depuis le XIIIe siècle avait un objectif : célébrer la naissance de Roberto. Le fils de ce dernier, le prince Girolamo Guicciardini Strozzi, bien que professeur de droit international, a poursuivi l’œuvre familiale. En fédérant les énergies locales pour que le Vernaccia di San Gimignano soit le premier terroir italien consacré par une « denominazione di origine controlata » dans les années 70. Le système de DOC est l’équivalent italien du système français d’appellation d’origine contrôlée (AOC) qui consacre le triptyque Terroir-Cépage-Antériorité. L’Italie a, par la suite, créé une catégorie supérieure, la « denominazione di origine controlata e garantita» (DOCG), dont le Vernaccia di San Gimignano fait aujourd’hui partie.
De la tradition à l’expérimentation
Le Prince ne s’est pas contenté de valoriser le Vernaccia sec et de l’inscrire dans la réglementation italienne. Il a participé à toutes les évolutions de la viticulture italienne en investissant dans de nouveaux vignobles. Il a ainsi participé à la renaissance qualitative du Chianti et de plusieurs autres appellations de vins toscans comme Bolgheri et Morellino di Scansano. C’est également un producteur de « Super Toscan » un nom donné à ces vins dont l’encépagement ne permettait pas dans les années 80 de revendiquer une DOC. Considérés comme des vins de table d’un point de vue législatif car ils intégraient des cépages internationaux (principalement cabernet-sauvignon et merlot) et utilisaient des fûts de chêne neufs, ils sont à l’origine de la renaissance viticole de la Toscane dans les années 70. Des vins Sassicaia, Tignanello ou Il Pergole Torte firent rêver les oenophiles et constituent les référents des Sodole et Millanni du prince Guicciardini Strozzi, dont la devise est « Enrichir la tradition sans couper les liens qui nous unissent à elle ». Le prince poursuit aujourd’hui l’épopée de la viticulture italienne, avec son investissement en 2003 dans un petit vignoble sur les pentes du volcan Coudia sur l’île de Pantelleria. Si cette île au sud de la Sicile est méconnue, ce n’est pas le cas d’un autre vigneron de l’île : l’actrice Carole Bouquet. Tout comme elle, le prince y produit un passito, c’est-à-dire un vin blanc liquoreux obtenu à partir de raisins séchés au soleil. Le sien s’appelle Kammeo et son étiquette en forme de camée reprend les profils de ses deux filles.
Pays d’art, de culture… et de vin !
L’hommage rendu à ses filles est justifié dans la mesure où ces dernières sont aujourd’hui les ambassadrices des vins de la propriété familiale. « Le vin fait partie de la vie familiale au même titre que la culture et l’art, explique Natalia Strozzi. Nous avons toujours évolué dans une ambiance multiculturelle en compagnie de célébrités comme Gregory Peck ou Rudolf Noureïev ». Ce dernier est d’ailleurs à l’origine de la carrière de danseuse dès l’âge de 7 ans de la princesse, que l’on a également aperçue sur des planches de théâtre, devant une caméra ou derrière un piano. C’est néanmoins à la défense du Vernaccia di San Gimignano que les princesses Natalia et sa sœur Irina mettent le plus d’ardeur. « Son amertume et ses notes d’amande peuvent dérouter, mais il offre une incroyable palette d’accords possibles à table, plaide Natalia. Pour moi, il est à l’image d’une femme très élégante, avec un chapeau et des gants qui peuvent lui conférer de la distance, mais qui s’avère très agréable à côtoyer une fois franchie l’appréhension qu’elle nous inspire. Ce n’est pas un passito dont la féminité se donne immédiatement, mais une Florentine avec du caractère. » Irina s’oriente plus facilement vers des comparaisons musicales. « Le Vernaccia n’est pas un vin hypocrite. C’est un vin tout de pureté et de précision, comme une musique de Johann Sebastian Bach ou plutôt d’Ottorino Respighi, un peu plus douce. »
Souhaitons à ces ambassadrices la renommée de leur aïeule. En effet, selon le généalogiste florentin Domenico Savini, les Strozzi seraient les descendantes de La Joconde. Celui-ci s’appuie sur un écrit de l’architecte Giorgio Vasari. Il raconte que le célèbre portrait de Léonardo da Vinci est celui de la future femme de Francesco di Bartolomeo del Giocondo, dont la lignée aboutirait à la famille Guiccardini via la famille Mozzi. Une véritable épopée à l’italienne !
Thomas Gueller
Petite sélection de vins des Domaines Guicciardini Strozzi
Cusona 1933
Le Vernaccia di San Gimignano authentique du domaine avec une reprise de son étiquette originelle. Un vin blanc sec aux légères notes d’amandes et de fruits exotiques.
Arabesque
Le cépage vermentino lui confère sa puissance aromatique. Natalia Strozzi, qui en a dessiné l’étiquette en référence à ses années de danseuse, le compare à la musique de Debussy.
Kammeo
Un passito de l’île de Pantelleria doux et intense comme doit l’être un vin de méditation.
Millanni
Ce « Super Toscan » à base de san giovese, cabernet-sauvignon et merlot a été créé en 1994 pour célébrer le millénaire de la propriété de Cusona.
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