Nicolas Baniere 2
Beautés grecques

Beautés grecques


 

Le commerce du vin connaît aujourd’hui une évolution si rapide qu’au moindre clignement des yeux, vous risquez de ne plus suivre le rythme. Alors, si pour vous le vin grec se limite à la Retsina oxydée et âcre, revoyez votre jugement.
 
À l’instar des autres régions viticoles historiques, la Grèce a connu une révolution au cours des quelque vingt dernières années et une nouvelle génération de viticulteurs, formés pour la plupart dans les meilleures écoles d’œnologie françaises, est repartie au pays pour y revendiquer son héritage vinicole. Les premières traces de viticulture en Grèce remontent à 1600 av. J.-C. avec la découverte en Crête d’un pressoir en pierre actionné au pied. Au cours de la longue histoire de la Grèce, le vin a été commercialisé, le raisin a été transporté et planté à l’étranger et le dieu Dionysos a été adoré. Vers 350 av. J.-C., les comptoirs grecs en France, en Italie, dans la péninsule ibérique, en Afrique du Nord et même en Géorgie et dans le sud de la Russie florissaient et le vin était vendu et produit dans toute l’Europe.
Le vin grec a connu des fortunes diverses au cours de son histoire alors que les campagnes étaient désertées et que les monastères reprenaient la production viticole. Au XVe siècle, les Vénitiens cultivaient le raisin et vendaient le vin grec jusqu’en Angleterre pour le Malvoisie, un vin doux très prisé produit à l’origine en Crête et prédécesseur des vins mutés d’Espagne et du Portugal. Malgré l’apparition de plusieurs producteurs réputés, tels que Boutari, Cambas et Kourtakis, au XIXe siècle, la majeure partie de la production vinicole se limitait à un vin ordinaire à haut rendement et de piètre qualité. Un institut du vin fut fondé dans les années 1930 et plusieurs coopératives virent le jour.
 
Que certains aient pu trouver la Retsina, un vin blanc ou rosé parfumé à la résine de pin, agréable au goût reste un mystère, mais il semble que ce soit cela, plus que la récession, qui ait mis le vin grec hors du coup alors que de nouvelles ambitions commençaient à voir le jour dans le pays. L’industrie viticole grecque a mis vingt pour s’en remettre. Vers la fin des années 1970, quelques domaines indépendants commencèrent à cultiver un mélange de cépages locaux et internationaux et à faire gentiment parler d’eux sur le marché domestique ; plus dans les hôtels et les bars à vin huppés d’Athènes que dans les tavernes pour touristes. Le développement reçut une aide financière de la part de l’Union Européenne lorsque la Grèce y entra en 1981. Dès lors, la croissance fut si rapide que des pionniers cinquantenaires, comme George Skouras, font aujourd’hui figures de vétérans de la politique. Il existe aujourd’hui en Grèce plus de 20 appellations, 566 domaines et 151 variétés de raisin.
 
Alors que les nouveaux viticulteurs faisaient confiance aux traditions vinicoles de leur pays, les cépages internationaux tels que le Chardonnay et le Cabernet avaient valeur de passeport, de norme par rapport à laquelle les capacités des producteurs grecs pouvaient être mesurées sur les marchés de l’exportation. Comme l’explique George Skouras, « Ces cépages étaient les seules bases du monde extérieur pour juger les capacités des viticulteurs grecs ». Une fois le test réussi, de nombreux viticulteurs ont continué à démontrer la qualité des variétés locales et ce sont ces vins qui sont les plus attrayants. Partons à leur découverte.
 
Quiconque a passé des vacances en Grèce peut en attester, il peut y faire très chaud. Si beaucoup de soleil et des conditions arides aident le raisin à mûrir, trop de chaleur peut engendrer un excès de sucre et donner au raisin un goût de grillé. C’est pourquoi les nouveaux viticulteurs ont recherché des coteaux abandonnés ou des régions côtières pour planter leurs vignes. Le nord de la Grèce est la partie la plus prometteuse et la Macédoine et la Thrace produisent des vins rouges, principalement à partir du cépage Xinomavro. Naoussa fut la première appellation du pays fondée en 1971 et ses vins sont doux, riches et ronds, avec une agréable note épicée. Le très impressionnant domaine Kir-Yianni, fondé par Yianni Boutari, a produit son premier vin en 1997 à partir de cépages cultivés sur le point le plus élevé de la région. Tous les vins dégustés récemment sont attrayants, mais le Ramnista 2005 mérite une mention particulière. Les Boutari sont les pionniers de la viticulture grecque (un peu comme les Mondavi en Californie ou les Antinori en Italie). Établis à Thessalonique, ils s’approvisionnent en raisin dans toute la Grèce et dans les îles et leurs produits sont une excellente introduction aux vins grecs. Parmi les autres domaines intéressants dans le nord de la Grèce, citons Goumenissa et ses élégants vins rouges, Amyntaio qui produit des vins blancs légers aromatiques et de bons vins pétillants sur les flancs nord-ouest du mont Vermio et Zitsa à Epirus, qui s’enorgueillit de posséder les vignes les plus hautes de Grèce à 1 200 mètres et les plus anciennes vignes de Cabernet Sauvignon plantées en 1963.
 
Dominées par de gros négociants et d’importantes coopératives, la Grèce centrale et la région de l’Attique autour d’Athènes présentent moins d’intérêts pour les vins fins. Citons parmi les exceptions notables le domaine Semeli, fondé en 1979 par George et Anne Kokotos dans un superbe site sur les contreforts du mont Penteli. Selon la mythologie grecque, c’est dans cette région que Dionysos, le dieu du vin, montra pour la première fois à l’homme comment cultiver la vigne (les vins sont baptisés Semeli, le nom de la mère de Dionysos). Les blancs sont produits à partir de cépages locaux Savatiano et Roditis alors que le Cabernet et le Merlot donnent des vins rouges puissants.
Sa côte grandiose, ses sites archéologiques et sa proximité d’Athènes font du Péloponnèse la région vinicole la plus célèbre et la plus belle à visiter. Nemea est la meilleure des appellations produisant des vins rouges dominés par le cépage Aghiorghitiko (St. George) et trois domaines, Gaia, Pavilou et Skouras, produisent d’excellents vins. Dans le nord du Péloponnèse, on peut trouver de bons vins blancs à Patras ; recherchez les vins d’Antonopoulos, dont le Mantinia élaboré à partir du cépage blanc Moschofilero.
 
La Crête est de loin le plus gros producteur viticole des îles grecques, mais ses vins sont soit destinés aux touristes et manquent d’attrait soit utilisés pour faire le Liatiko, un vin doux semblable au Porto. Toutefois, les cépages locaux comme le Vilana semblent prometteurs. Si vous voulez vraiment savoir ce qu’est le vin grec, allez à Santorin, un archipel volcanique pittoresque en forme de croissant de lune autour d’un cratère englouti et parsemé de maisons blanches, d’église aux coupoles bleues et de plages de sable noir. Il y a là-bas tellement de vent que les vignes sont plantées en cercles près du sol plutôt que sur des treilles. Le sol apporte beaucoup de minéralité au vin et pour l’été, rien ne vaut le Thalassitis de Gaia, élaboré avec un cépage Assyrtiko et aussi piquant, frais et épicé que le meilleur des Muscadet. L’Assyrtiko donne également des vins doux et le Vinsanto local, avec ses touches riches de fruits rouges et son acidité parfaite, est très impressionnant.
 
Les vins grecs ont gagné en maturité et, alors que les principaux marchés d’exportation restent le nord de l’Europe et les États-Unis, vous verrez bientôt apparaître ces vins dans tous les bars à vin et toutes les vinothèques. Encore mieux, faites une escapade dans la Grèce des vins et choisissez l’hôtel Nafplia Palace,  dans la superbe Nauplion, comme point de chute.
Fiona Morrison M.W.
 
Les principaux producteurs de vin grecs :
Achaia Clauss, Patras
Vignes Antonopoulos, Patras
Boutari, Thessalonika
Domaine Evharis, Attica
Vins Gaia, Nemea
Kir-Yianni, Naoussa
Nico Lazardis, Drama
Domaine Palivou, Nemea
SantoWines, Santorini
Domaine Skouras, Nemea
Vignes Tsantali, Halkidiki
Domaine Tselepos
Sun