Nicolas Baniere 2
A dream flight to Cape Town

A dream flight to Cape Town


Le chic british vous entoure dès le premier pas posé dans l’avion. Les vols se ressemblent tous, avec un verre de champagne offert avant chaque décollage ? Oui, c’est ainsi. Sauf que celui-là est à parfaite température. Et, pour vous donner le ton avant le départ, je vais tester pour vous les « awards-winning sélection of fine wines and Champagne » de British Airways.

 
Jancis Robinson, wine correspondent pour le Financial Times, co-auteur de l’atlas mondial du vin et l’une des rares femmes Master of Wine (tout comme notre très chère collaboratrice Fiona Morrison), a sélectionné des vins classiques d’Europe et le meilleur du Nouveau Monde. Voilà pour les bases. Le décor qui m’entoure ressemble à l’intérieur d’un bateau : acajou, ton caramel et brun, avec un bouquet de roses blanches trônant au milieu de la cabine. Les coussins en velours bleu marine sont extrêmement doux. Les sièges de la first class sont isolés les uns des autres, sauf si vous voyagez à deux. Dans ce cas, vous serez au centre de la cabine. Vous l’aurez compris : je voyage seule, tout est donc possible ! Nous allons voir. Une hôtesse m’apporte un pyjama bleu marine : je sens que je vais dormir comme un bébé et vous écrire finalement un court papier concentré sur les vins. Enfin, j’espère que les bébés dorment toujours « comme des bébés » car j’ai la chance d’en avoir deux exemplaires juste derrière moi !
 
Mais avant de vous faire vivre les aventures extraordinaires de ce vol, laissez-moi vous raconter la suite de mon précédent voyage. Pour ceux qui auraient une mémoire un tout petit peu défaillante et/ou pas lu le dernier papier, et/ou pour ceux qui s’en souviennent : j’avais fait la connaissance de mon voisin de rangée, nous avions bu un verre ensemble, parlé du magazine et ce monsieur était devenu le premier abonné de NumberWine en vol. Un peu plus tard pendant le vol, il avait perdu ses lunettes de vue et nous nous étions tous retrouvés à quatre pattes avec les hôtesses pour les chercher. La semaine dernière lors d’un dîner de dégustation de bordeaux, mon voisin de table me rappelle gentiment que nous nous sommes déjà rencontrés, et que nous avons même voyagé ensemble. Ah bon ? Vous êtes sûr ? « Oui, les lunettes perdues, c’était moi ! ». Et voilà. Certains diront : « Le monde est si petit, finalement ! »… J’ajouterai : surtout dans une cabine d’avion ! En y repensant à cet instant précis, les deux bébés qui ont fait ces onze heures de vol derrière moi, je suis certaine que je les reconnaîtrais… Mais je mentirais en prétendant que les bébés dorment « comme des bébés ». En 2009, ils ont inventé un nouveau truc : « On est cap’ de hurler onze heures comme des bébés » !
 
De délicieux canapés tout chauds accompagnent un nouveau verre de champagne Pol Roger Brut 1999. Suivra une tartelette chaude au fromage et aux figues, posée sur un lit de lentilles du Puy. « Une salade verte vous ferait plaisir avant votre main course ? » Oui certainement. Le poisson du jour est un halibut (flétan) servi avec une galette de pomme de terre et de poireaux, et accompagné d’un chutney de gooseberry (groseille à maquereau) et d‘une sauce au persil. Le chef Vineet Bathia, qui a élaboré le menu de la first class, fut le premier chef Indien à avoir obtenu une étoile pour son restaurant le Rasoi à Londres. Je me laisse enfin tenter par le Vineet Bathias’s pannacotta à la rose. L’infusion à la camomille est idéale pour clore ce festin et tomber dans les bras de morphée… Enfin, essayer d’y sombrer… en oubliant les pleurs des bébés.
 
Revenons quelques instants sur les vins, que j’ai tous goûtés : Un meursault Les Clous 2006, Domaine Bouchard Père & Fils, l’une des plus anciennes familles de vignerons de Bourgogne. Douze de leurs vins sont des Grands Crus et vingt-sept des Premier Cru. Un délice que ce vin apaisant pour commencer un long voyage. J’ai également goûté le Amayna Sauvignon Blanc 2007 de la Vallée de Leyda au Chili. Top aussi, mais mes origines européennes me rapprochent plus du meursault ce soir. Un dernier blanc : le Glen Carlou, un chardonnay 2007 de Paarl en Afrique du Sud, un vin que je connais bien et dont nous avons déjà parlé dans un précédent numéro, lors d’une rencontre avec son propriétaire Donald Hess. Trois rouges devant moi maintenant : Springfield Estate Whole Berry Cabernet 2006, un verre de Château Cantemerle 1999 Haut Médoc Grand Cru Classé, un classique dont on ne se lassera jamais, en tout cas pas moi. Et, pour terminer, mon préféré : un Chateauneuf-du-Pape Closerie de Vaudieu 2006. Quand je vous disais que le choix des vins était exceptionnel !
Vous raconter que j’ai pu entamer une conversation avec un voisin ou une voisine serait faux : j’ai voyagé en pensant au nombreux sujets que nous allons prochainement réaliser pour vous. Pour me consoler de ce voyage finalement très solitaire, abstraction faite de mes voisins bébés à qui j’aurais volontiers donné quelques gorgées de Château Coutet 1998, Premier Cru Classé, un Sauternes-Barsac qui les auraient endormis à coup sûr. Un voyage très gastronomique et très confortable. Et un bulletin scolaire qui porterait la mention « avec les félicitations ».
 
Patricia Lepic
Sun